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Arte : Voix off, interviews
Mes commentaires et analyses
Daniel Leconte
Bonsoir et bienvenue pour ce nouveau numéro de "De quoi je me mêle". Le 11 septembre 2001, la mort de Lady Di, les attentats en Russie, les crimes du GIA en France ou en Algérie, sur tous ces événements qui ont fait la une de l'actualité à un moment ou à un autre, on croyait tout savoir. He bien parait il qu'on avait tort. Régulièrement, en effet, de petits malins viennent nous dire que la réalité est plus compliquée, que la majorité des journalistes se trompent, que des forces obscures agissent en coulisse, et sont les véritables ordonnateurs d'une réalité qui nous échappe.
Cela commence bien.
- Ceux qui ne pensent pas comme M. Leconte sont "de petits malins" (comprenez : "des imbéciles"),
- le fait que les journalistes agissent comme des perroquets en colportant tous les mêmes informations rend celles ci vraies
- et bien entendu il n'y a rien d'obscur dans la politique !
Daniel Leconte
A vrai dire, la méthode n'est pas nouvelle : de tous temps, le thème du grand complot a fait son oeuvre. Francs maçons, opus dei, deux cents familles, complexe militaro-industriel, services secrets : l'histoire est pleine de ces forces de l'ombre à qui on attribue un rôle décisif dans la marche du monde. Ce qui est nouveau, en revanche, ce sont les moyens qui sont mis au service de cette vision du monde ; les moyens et l'échelle de la manipulation.
S'il ne s'agit pas là du procédé réthorique dit de "l'amalgame", je veux bien être transformé en crapaud. Quand aux moyens annoncés, puisqu'ils sont nouveaux, il ne s'agit pas de la télévision mais d'internet. La télévision, c'est bien connu, ne peut pas être mise au service d'une manipulation alors qu'internet est un instrument au service de manipulteurs...
Daniel Leconte
Alors, comment et pourquoi en arrive t'on aujourd'hui à faire douter des millions de citoyens sur les véritables commanditaires du 11 septembre ? Comment et pourquoi en arrive t'on à persuader certains d'entre vous que Lady Di a été assassinée, ou bien encore que les Américains ne sont jamais allés sur la lune ? Et qui a intérêt à répandre ces fariboles, qui ont toutes en commun de jeter le doute sur le fonctionnement des sociétés démocratiques ? "Tous manipulés ?" : c'est le thème de ce nouveau numéro de "De quoi je me mêle", voici le sommaire de cette émission.
Encore une couche d'amalgame, cela ne fait pas de mal. Evidemment, tout ceci n'est que fariboles (M. Leconte annonce la couleur avant de présenter ses arguments), et bien entendu ceux qui répandent ces "fariboles" ne peuvent être que des ennemis de la démocratie !
Daniel Leconte
Premier film : le 11 septembre n'a pas eu lieu. Retour sur une rumeur invraissemblable, ou comment à partir d'informations fantaisistes, des gens très en vue, en France, en Allemagne ou ailleurs ont réussi à intoxiquer l'opinion.
Intoxication de l'opinion : cela me rappelle l'affiche de mai 1968 où l'étiquette d'une fiole de poison représentait un petit écran...
Daniel Leconte
Deuxième film : le grand complot. Une tentative pour essayer de comprendre qui tire les ficelles, et ce qui se joue derrière ce grand chantier destiné à maquiller la vérité. Puis débat avec nos invités.
Un "grand chantier"... toute cette manipulation ne saurait qu'être organisée, avec un architecte, des conducteurs de travaux, des tâcherons !
Daniel Leconte
De toutes les mauvaises plaisanteries qui viennent régulièrement jeter le trouble et faire la une des médias, il en est une qui dépasse toutes les autres, à la fois par la nature exceptionnelle de l'événement, et par l'ampleur du délire. C'est le 11 septembre 2001. Souvenez vous : quelques mois après l'attaque contre l'Amérique, une version circule sur internet. Pseudo preuves à l'appui, des auteurs, des personnalités politiques, des éditeurs, parfois même des journalistes, affirment sans nuance que tout ce qu'on nous a dit jusqu'alors est nul et non avenu. Non, le 11 septembre n'est pas une attaque fomentée par Ben Laden et ses tueurs pour mettre l'Amérique à genoux.
"Mauvaise plaisanterie"... la phrase de M. Leconte ne manque pas de sel, puisqu'on pourrait comprendre que les événements du 11 septembre sont une mauvaise plaisanterie. "Parfois même des journalistes"... notez à quel point on est surpris que des représentants d'une profession honnêtes par essence à priori au dessus de tout soupçon puissent faire partie de cette catégorie de mauvais plaisantins.
Daniel Leconte
Le 11 septembre, disent ils, c'est une gigantesque manipulation pensée, planifiée et réalisée de main de maître par l'armée américaine. Et pourquoi ? He bien pour provoquer un choc dans l'opinion, afin de permettre à l'Amérique d'engager ses troupes en Irak, et de remodeler le moyen orient. Ben voyons ! La ficelle est énorme, et pourtant la sauce va prendre. Alors que s'est il passé pour que tant de gens basculent dans la bétise ? Que s'est il passé surtout pour que des médias de masse leur offrent une tribune royale, qui leur permet de toucher le grand public ? Retour sur ce naufrage de l'intelligence. Voici "Le 11 septembre n'a pas eu lieu. C'est un film "Doc en stock" pour Arte. Il est signé Barbara Necek et Antoine Vidkine. Regardez.
Bétise... naufrage de l'intelligence... tout est dit : ce n'est pas de l'information qu'on va nous apporter, mais des arguments polémiques. M. Leconte jette à priori la suspicion sur l'honnêteté des journalistes qui ont réalisé les films et de leurs commanditaires. La suite va prouver ce qu'il en est.
New York, Manhattan, 11 septembre 2001, 8 h du matin. Les new-yorkais se rendent au travail. C'est une journée d'automne qui s'annonce comme toutes les autres.
Mais ce que les new-yorkais ne savent pas, c'est qu'en ce moment même, l'état major se réunit à la maison blanche.
Pourquoi l'état major et pourquoi la Maison Blanche ? Je n'ai jamais lu cette information null part. Sources, svp !
Dans un quart d'heure, l'opération la plus importante de l'histoire des Etats Unis sera déclenchée.
Une opération top-secrète, ordonnée et décidée par le président lui même.
Beaucoup de commentateurs pensent que, comme pour l'opération de la baie des cochons, le président a été mis devant le fait accompli...
Huit heures quarante six. Le vol American Airlines 11 s'encastre dans la tour nord du World Trade Center.
Quatre mille juifs ne sont pas venus travailler ce matin. Ils ont été prévenus par le Mossad la veille.
Montrer un plan, probablement pris dans un mariage ou autre fête, avec des juifs qui dansent en se réjouissant assorti d'un tel commentaire, est un procédé journalistique parfaitement malhonnête, pour ne pas dire nauséabond.
Neuf heures trois. Le vol United Airlines 175 percute la tour sud à la hauteur du 102eme étage.
L'état major Américain lance un missile sur le Pentagone.
Pourquoi "l'état major" ?
Conformément au plan, il atteint sa cible à neuf heures quarante.
A dix heures, la tour sud du World Trade Center s'effondre.
A dix heures dix, Washington lance un deuxième missile...
qui s'écrase en Pensylvanie, près de Shanksville.
Là, je demande à voir la source : je n'ai jamais lu nulle part que le crash de Shanksville serait celui d'un missile, mais par contre que le vol 93 avait été abattu par un missile, ce qui n'a rien à voir. Le réalisateur semble ne pas avoir lu ce qui s'est écrit sur le sujet.
Au même moment à Gaza, les agents du Mossad distribuent des bonbons à la population palestinienne pour provoquer des scènes de joie.
D'où sort ce délire ? Sources, svp ?
Le FBI peut alors envoyer à la presse des avis de recherche prêts depuis des semaines ! Dix neuf islamistes, à la solde d'Oussama Ben Laden sont désignés comme les boucs émissaires de l'opération.
Ah, voilà une information, par contre... et elle est de taille. En effet, comment le FBI aurait il pu identifier les dix neuf terroristes si vite s'il n'était pas sur leurs traces depuis longtemps ?
Mission accomplie, le bilan est de trois mille morts. Georges W. Bush et ses faucons ont réussi leur coup. Ils peuvent maintenant procéder tranquillement au remodelage du Proche Orient.
Bien sûr, tout cela est faux. Pourtant, ces contes à dormir debout ont été écrits, publiés et diffusés à grande échelle à travers la planète.
La moitié au moins de ce qui vient d'être présenté est faux, c'est une évidence. Mais le problème est la petite moitié qui reste...
Qui se cache derrière ces histoires invraissemblables, et comment en est on arrivés à offrir des tribunes à ces délires ? C'est l'histoire de ce film : l'histoire d'une défaite de la raison.
Arte va donc donner des leçons de journalisme à ses confrères. Ils vont sans doute apprécier...
Le grand complot de l'administration américaine. Pas d'avion sur le Pentagone. Les prétendus terroristes sont encore en vie. Ces fictions catastrophes, nous avons été des centaines de milliers à les gober dans le monde entier. Dès le lendemain du 11 septembre 2001, la planète a été saisie d'une véritable fièvre conspirationniste.
"NOUS" avons gobé ces fictions ! Tiens donc, on y a cru, aussi, chez Arte ou chez Doc en stock ?
Voici l'histoire d'une effroyable imposture, qui commence en France avec un homme, Thierry Meyssan.
Aujourd'hui, ce journaliste est un auteur de best-seller mondialement connu. L'Effroyable imposture a été traduit en vingt huit langues et s'est vendu dans plus de cinquante pays.
Thierry Meyssan
Espagnol, allemand, ça c'est en Coréen, et ça, c'est la version sur américaine. Ca, il ne faut pas me demander dans quelle langue c'est...
Thierry Meyssan
En plus il y a des versions pirates aussi qui existent, Rire c'est assez curieux...
Thierry Meyssan
On ne peut pas ne pas être fier de cela.
Si j'étais à la place de M. Meyssan, je ne serais pas aussi fier. Il a eu des mérites dans cette affaire, mais a commis une erreur monumentale en affirmant qu'aucun avion ne s'était crashé sur le Pentagone.
Le 11 septembre 2001 aura fait au moins un heureux.
Sa fortune, il la doit à cette incroyable thèse : aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone.
Assez d'accord : si M. Meyssan était honnête, il refuserait de s'enrichir avec des droits d'auteur colossaux, vu la bévue qu'il a commise en défendant une telle thèse.
Mais si ce n'est pas un avion, alors c'est quoi ?
Thierry Meyssan
Cet attentat n'a pu être perpétré qu'au moyen d'un missile. Donc, il fallait au moins qu'il y ait des complices dans l'état major interarmes de l'armée des Etats Unis, et à la maison blanche dans le cabinet du Président Bush.
Pourquoi "l'état major interarmes" ? Il suffirait de quelques officiers conspirateurs pour lancer un tel missile.
Thierry Meyssan
Je pense que ces attentats ont pour but de justifier un virage dans la politique intérieure et extérieure des Etats Unis, et de l'imposer, ce virage, au Président Bush.
Oui ! Lorsque M. Meyssan parle de choses pour lesquelles il est compétent, comme la politique internationale, il dit des choses très sensées.
Mais sur quoi s'appuie Thierry Meyssan pour lancer cette théorie du complot ? A la base, une photo, une simple photo.
Procédé plutôt réducteur. Meyssan argumente sur beaucoup de bases (documents, ...) et plusieurs photos. Les photos du crash prises par la caméra de sécurité du parking nord ou encore les traces du crash sur la façade sont d'ailleurs des arguments beaucoup plus forts que cette photo prise de loin du site du crash.
C'est la première photo officielle du Pentagone, prise juste après les attentats.
Elle n'a rien d'officiel. Elle a été publiée par Paris Match, qui a dû la payer fort cher à son auteur, lequel n'a jamais été identifié. Cela dit, l'analyse de cette photo, et notamment de la position des lampadaires par rapport à l'arrière plan, permet d'identifier avec une précision certaine la fenêtre du bureau d'où cette photo a été prise. Gageons que l'auteur a dû se trouver obligé de fournir quelques explications aux autorités de son pays...
Thierry Meyssan la retourne dans tous les sens et constate : il n'y a pas de débris d'avion.
Il est vrai que Meyssan et tous ceux qui l'ont suivi sur ce point ont été plus que légers. Il n'y a pas de débris d'avion visible dans le champ de la photo, ce qu'il faudrait tempérer en disant :
- qu'il n'y a pas de gros débris visibles de cette distance. En effet, le sol bétonné de la zone d'atterissage de l'héliport (là où est le camion jaune) était jonché de petit débris métalliques.
- que les débris se situaient dans la zone située au nord de la zone de l'héliport (à gauche de cette photo), du fait tout simplement de la cinétique du choc.
Thierry Meyssan
Quand on regarde les photos officielles de l'attentat, on constate que l'objet qui a servi à l'attentat est rentré au rez de chaussée du Pentagone, par une porte cochère qui sert habituellement à faire passer de petites camionnettes de livraison. Et il n'a pas abimé le chambranle de la porte. Donc ça peut pas être un Boeing de 38 m de large et de 12 m de haut qui rentre par une petite porte.
Voilà qui est ahurissant : je savais Meyssan léger dans ses affirmations, mais là il s'agit à l'évidence d'un mensonge éhonté ! Le trou d'entrée du fuselage sur la façade du Pentagone, qui s'étend entre les piliers 13 et 15, et sur deux niveaux (rdc et 1er étage), a une taille supérieure à la section du fuselage d'un 757. Par ailleurs, cette histoire de "porte cochère" dont le chambranle n'aurait pas été abimé est un conte à dormir debout !
Thierry Meyssan
Moi je vous demande : où sont les moteurs de l'avion ?
Bonne question, mais c'est aux autorités américaines qu'il faut poser la question, pas aux journalistes ou aux téléspectateurs.
En partant de quelques photos, Thierry Meyssan lance le best seller de l'année 2002.
Il n'y a pas que "quelques photos" dans ses raisonnements.
La raison de ce succès : une stratégie marketing sans faille qui commence sur le net.
Thierry Meyssan
On a même trouvé des présentations un petit peu attrayantes pour attirer l'attention des gens sur le problème.
Pour faire entrer dans la tête des gens sa thèse hallucinante, Meyssan n'hésite pas à créer sur le net un jeu : le jeu des sept erreurs. Le principe est simple : toujours les mêmes photos, et des questions dont les réponses sont écrites à l'avance.
Il se trouve que le fils de Meyssan est webmaster d'un site web, "asile-citoyens" et que c'est lui qui réalise le jeu des sept erreurs pour son père. Le "jeu" n'a rien d'extraordinaire, le choix des photos et les sous entendus des questions sont à la limite de l'honnêteté, mais il se trouve que ce site est le premier, écrit en anglais, qui met en doute la version officielle du 11 septembre. Il a un succès phénoménal auprès des Américains et provoque des réactions polémiques très vives. Le site et la polémique qu'il provoque entraîne la publication par le département de la défense US de "preuves", à savoir des "photos" du crash. Meyssan et Pierre Henri Bunel analysent ces photos, écrivent le livre "Pentagate", qui sera très vite traduit en anglais et disponible aux Etats Unis.
Thierry Meyssan
Avouez que c'est étrange ...
Pierre Lagrange, sociologue
C'est très fort, parce que justement il prend les gens à témoin. Son discours, c'est constamment : "regardez la photo, regardez les déclarations qui ont été faites, regardez les incohérences et tout", et là on est acteur.
Le site pose des questions, que beaucoup de gens ne s'étaient pas posées jusque là. Poser des questions et suggérer des réponses est un procédé pédagogique très ancien, inventé par un certain Socrate...
Pierre Lagrange est sociologue. Il s'intéresse à ceux qui croient aux soucoupes volantes. Entre leur réthorique pseudo scientifique et celle de Meyssan, il a remarqué des similitudes.
Tiens, on va nous sortir les soucoupes volantes maintenant. Voyons un peu les arguments de M. Lagrange...
Pierre Lagrange, sociologue
On est tous dans cette idée, qui est liée un peu à la vulgarisation scientifique, que la réalité est en accès direct, et on n'a pas ce réflexe qui constite à dire : "je ne vois pas quelque chose sur la photo, mais ça correspond peut-être à un truc qui m'échappe complètement".
Quel rapport avec la vulgarisation scientifique ? Aucun !!! Pourquoi ne pas faire aussi un rapprochement avec la peinture surréaliste ?
Pierre Lagrange, sociologue
Et tout d'un coup tout le monde se met à regarder ces petites choses en disant "mais oui, effectivemement, il y a un problème, là, ...
Si M. Lagrange avait lu Popper, Kuhn ou Fayerabend, il saurait ce que signifie la "réfutabilité", à savoir qu'une théorie, en l'espèce ici la version officielle des événements du 11 septembre, ne peut jamais être démontrée mais peut être réfutée. Il suffit pour cela de présenter un fait tangible et vérifiable qui est en contradiction avec la théorie. Donc la démarche qui consiste à attirer l'attention sur un tel fait, réel ou supposé, est la base de la démarche scientifique. La seule discussion qui vaille, à partir de là, concerne la réalité du fait allégué.
Pierre Lagrange, sociologue
là il y a un autre problème, là il y a un truc qui cloche, et tout".
Et en général, lorsqu'une théorie commence à être réfutée, on cherche d'autres faits en contradiction avec la théorie et on en trouve. Démarche logique et parfaitement scientifique.
Pierre Lagrange, sociologue
Et il renverse complètement, comme une série de dominos, il renverse la réalité.
D'une certaine manière, oui : présenter des faits qui sont tangibles, vérifiables et en contradiction avec la théorie officielle du 11 septembre revient bien à renverser complètement une situation, avec toutes les conséqences sur la réalité géopolitique !
Alors que les décombres du World Trade Center et du Pentagone fument encore,
N'exagérons rien, c'est en mars 2002.
Meyssan fait croire à des dizaines de milliers d'internautes, qu'aucun avion ne s'est crashé sur le Pentagone.
La théorie du complot est née.
Meyssan avait été précédé par Emmanuel Ratier. Mais ce dernier, éditeur d'une revue confidentielle, n'a jamais été sous le feu des médias.
Avec quatre vingt cinq mille connexions par jour, le jeu des sept erreurs est le succès internet de l'année.
Les internautes ont mordu à l'hameçon : le livre peut donc paraître.
Patrick Pasin, éditeur
Le livre était secret, c'est à dire que, heu..., personne n'était au courant de ce livre avant, ... quasiment avant sa sortie.

Voix off : Pas facile de trouver un éditeur pour une thèse aussi fantaisiste, mais Thierry Meyssan rencontre Patrick Pasin, le directeur des éditions Carnot.
Patrick Pasin, éditeur
La première fois, on a passé quatre heures ensemble, quand on a commencé à parler de ce livre, quatre heures où Thierry Meyssan me présentait des éléments, je me faisais l'avocat du diable en disant "mais, etc..." et chaque fois il avait réponse à tout ce que j'avais avancé.
Patrick Pasin, éditeur
Et puis donc il m'a fourni une tonne, je ne veux pas dire une tonne, heu..., d'éléments, mais beaucoup, que j'ai vérif..., fait vérifier de mon côté.
Le processus de vérification semble faire hésiter M. Pasin...
L'expert en question le voici : Pierre Henri Bunel.
M. Bunel, ancien officier d'artillerie, a écrit un chapitre du livre "Pentagate", ou du moins fourni les bases pour celui ci. C'est lui qui fait observer que la seconde des photos de la caméra de sécurité du parking nord, censée montrer le crash d'un avion de ligne, montre en fait la propagation d'un front d'explosion qui ne peut être due qu'à l'emploi d'un explosif solide. Et l'on peut supposer qu'un officier d'artillerie, spécialiste des incendies et autres dégâts causés par les charges militaires, sait de quoi il parle. Il a d'ailleurs servi pendant la première guerre du golfe. Il s'agit donc d'un expert, effectivement, lequel est plus que gênant.
Cité dans les remerciements du livre par Thierry Meyssan.
Souvenez vous : c'est l'ancien officier de l'armée française, condamné à de la prison ferme pour trahison au profit des Serbes pendant la guerre au Kosovo. Il est la caution scientifique de Thierry Meyssan et de son éditeur.
Aux débuts de l'intervention de l'OTAN au Kosovo, on bombardait massivement des positions de l'armée serbe après avoir discrètement fait savoir quelles allaient être les cibles frappées. Tout le monde y trouvait son compte : les fabricants de consommables (bombes, ...) généraient ainsi des commandes pour remplacer les matériels utilisés, on montrait à l'opinion publique mondiale un beau feu d'artifice, on impressionnait la population serbe, et tout cela au nom de la démocratie. Les serbes ayant tenté de retourner la situation pour mettre en difficulté la coalition, il fallait bien trouver un fusible pour sauver la face. On a donc trouvé Pierre Henri Bunel, qui s'était stupidement mouillé dans cette affaire : il n'avait rien trouvé de mieux que de transmettre ces informations aux Serbes avec son fax personnel...
Il semble donc bien que L. Bunel ait "porté le chapeau", dans une affaire plus que trouble entre les Américains, les Serbes et les Français. Il a toujours dit en effet qu'il avait agi "sur ordre", et il faut bien admettre que la condamnation qui l'a frappé était bien légère au regard de la gravité des faits s'il s'était effectivement agi d'espionnage à son initiative.
On peut conclure effectivement de tout cela d'une part que lorsqu'un expert sort de son domaine de compétence, il peut être consternant d'amateurisme (n'est pas James Bond qui veut), et d'autre part que M. Bunel gêne dans l'analyse qu'il a fait des photos du crash du Pentagone, puisqu'Arte utilise le procédé de l'attaque "ad hominem" pour tenter de nier un fait que M. Bunel a mis en évidence, lequel peut ruiner la thèse officielle du 11 septembre.
Pierre Henri Bunel
Je peux vous dire que si un Boeing 757-200 était tombé sur le Pentagone, on aurait trouvé beaucoup plus de choses que ce qu'on prétend avoir trouvé,
Là, M. Bunel sort de son domaine de compétence. En effet, d'une part il n'est pas spécialiste des crash aériens, et d'autre part il n'était pas sur place pour voir ce qu'on pouvait trouver après le crash. En effet, les autorités américaines ont montré ce qu'elles ont bien voulu des débris, pour ne pas dire qu'on a pu voir ce qui a échappé à la censure. Les photos invoquées par Meyssan montrant cette prétendue absence de débris (la fameuse pelouse intacte) ne correspondent qu'à une erreur d'interprétation. Les débris ne sont pas dans cette zone, qui a simplement été survolée par l'avion avant le crash : ils sont ailleurs, à l'extérieur comme à l'intérieur du bâtiment.
Quand il n'est pas entrain d'expertiser des photos, Pierre-Henri Bunel écrit dans "Jeune résistance", magazine d'un groupuscule d'extrême droite qui a planifié un attentat contre le président Chirac.
S'il s'agit de l'attentat des Champs Elysés, j'ai toujours lu qu'il s'agissait d'un acte isolé d'un activiste déjanté. Cela dit, le fait que M. Bunel ait des convictions politiques discutables n'enlève rien à à ses compétences en matière d'explosions. Et c'est bien cela qui est important dans l'affaire du crash du Pentagone.
le conseiller scientifique de Thierry Meyssan participe aussi à des conférences organisées par "Energies libres", une association qui a de curieuses préoccupations.
Arte enfonce le clou d'une manière vraiment lourdingue. Pourquoi ne pas nous montrer le chien de M. Bunel et nous expliquer qu'un individu qui possède un berger allemand ne peut être qu'un fasciste ?
Pierre Henri Bunel
Ils ont fait allusion effectivement aux Illuminati, ils ont parlé des reptiliens, ils ont parlé d'un tas de choses. Il y a une question qu'on ma posée : est-ce qu'au cours de ma carrière militaire, dans des endroits un peu bizarres, j'ai eu contact avec des extra-terrestres. Ben je leur ai dit "Non, j'ai pas eu..." Alors, moi je ne crois rien, je n'ai pas d'à priori, heu..., personnellement ne n'ai pas de contact avec les extra-terrestres.
Je suppose que si M. Bunel a répondu aux questions d'Arte sur le fond, à savoir le crash du Pentagone, et le contraire me parait impensable, la chaîne s'est bien gardée de montrer cette partie de l'interview. Mais montrer sa réponse à une question, par ailleurs idiote, sur une possible rencontre entre lui et des extra-terrestres, ne sert qu'à tenter de prouver qu'il s'agit d'un illuminé. Procédé journalistique odieux, pour ne pas dire puant !
Ca ne saura tarder, puisque les OVNI, c'est aussi un créneau des éditions Carnot.
Retour à l'éditeur de Meyssan : on va tenter de le discréditer à son tour avec ce sujet des extra-terrestres.
Du danger du téléphone portable,
aux amours polysexuelles, chez cet éditeur, on pense que la vérité est ailleurs.
De la mort de la princesse Diana,
en passant par le 11 septembre, comment arrive t'on à ce curieux mélange ?
Patrick Pasin, éditeur
C'est pas parce qu'on a fait un livre sur les OVNI, ou sur Diana, ou, heu, etc... que forcément, tout est condamnable. En clair, considérons que nous sommes courageux, oui, ça c'est sûr.
En effet, le métier d'éditeur n'implique pas qu'on approuve les idées ou les thèses présentées dans les livres qu'on publie.
Courageux mais surtout rusé. Pour le lancement du livre, tous les ingrédients sont réunis : un auteur,
un expert,
et un éditeur avec de bons contacts qui a un dernier atout à jouer.
Patrick Pasin, éditeur
- Vous aviez un plan presse pour le lancement du livre ?
- Heu... oui
- Et c'était quoi le plan presse ?
- Un passage dans une émission de télévision. Point.
- Et l'émission c'était quoi ?
- Thierry Ardisson.
Toutes les maisons d'édition font cela. Et Arte y participe à l'occasion en présentant des livres ou des auteurs.
Thierry Ardisson
J'accueille Thierry Meyssan !

Voix off : Thierry Ardisson, la star du petit écran en France, rassemble tous les samedi soir deux millions de téléspectateurs.
Pierre Lagrange, sociologue
Là, il n'est plus tout seul, il a une partie des gens avec lui qui vont réfléchir. Ca veut pas dire qu'ils vont forcément croire son discours, ça veut dire qu'on est interpelé quand on voit son intervention. Et il est clair que Thierry Ardisson, comme le public, a réagi de la même manière.
En effet, il y a beaucoup d'arguments dérangeants dans le discours de Meyssan.
Thierry Meyssan
Maintenant n'importe qui peut regarder la photo qui est sur la couverture du livre, qui est la photo prise par Associated Press, qui est la première photo qu'on ait prise après l'attentat.
Pierre Lagrange, sociologue
C'est pas quelqu'un qui vient nous faire un cours en disant "moi je suis l'expert, vous, vous la fermez et vous écoutez", on se retrouve tous justement dans cette position d'expert potentiel, et on voit ce qu'il voit. C'est ça qui est extrêmement fort, c'est que quand il montre la photo, on dit, "ben oui, y'a pas d'avion".
Un peu réducteur... lorsqu'on regarde cette photo, on a seulement du mal à comprendre comment la façade du Pentagone, qui semble presque intacte, a pu subir le choc d'un avion. On comprend bien, intuitivement, que l'avion a pu éclater en mille morceaux et que ces derniers ne sont pas visibles sur la photo.
Meyssan / Ardisson
- Ce n'est pas bien difficile de comprendre que ce n'est pas possible.
- Ouais... et puis en plus c'est bizarre qu'un avion, heu...
Dialogue peu sérieux. Mais on ne peut pas espérer mieux dans une émission qui tient en général plus du show "people" que du dialogue raisonnable, dont l'animateur est assez connu pour tenter de faire réagir ses invités sur des détails croustillants de leur vie ou sur leurs fantasmes personnels. Manifestement il était à coté de la plaque avec un tel invité.
Pierre Lagrange, sociologue
On est dans un discours de la preuve scientifique,dans une argumentation, et on se rend pas compte qu'on a complètement dérapé et qu'on est entrain de discuter des choses qui sont pas discutables quelque part : c'est ça le problème. Il va introduire un débat là où il n'y est pas, ..., où il était pas ... , il devait pas être..., il était pas.
Embarassé, M. Lagrange... on a envie de l'aider à finir ses phrases. Effectivement, Ardisson et Meyssan vont introduire un débat là où pour l'instant il n'y en avait pas. Mais quand à dire qu'il ne "devrait pas être", c'est bien là une réaction d'intellectuel primaire, qui s'est fait son opinion et n'admet pas qu'on puisse la remettre en question.
Thierry Ardisson
Applaudissements..., Thierry Meyssan, le 11 septembre 2001, ...
Thierry Meyssan
Tout d'un coup, il y a eu un effet "boule de neige", si vous voulez, parce que ce qui avait touché quelques dizaines de milliers de personnes tout d'un coup allait éclater.
Dans la semaine qui suit, l'éditeur de Meyssan reçoit cent trente mille commandes. Un record absolu dans l'édition française.
Le phénomène Meyssan est lancé. Il va s'étendre dans toute l'Europe.
Direction l'Allemagne. D'après un sondage réalisé en août 2003, 70% des Allemands croient que les médias ne disent pas toute la vérité sur le 11 septembre. Un terreau fertile alors pour des idées conspirationnistes en tous genres.
J'aurais plutôt tendance à penser que la diffusion dans ce pays des idées conspirationniste a comme résultat que 70% des allemands croient que les médias mentent. Ne confondons pas la cause et les conséquences.
Nous avons rendez vous avec l'éditeur allemand de Meyssan, Pierre Krebs. Un politologue d'origine française.
Il décide de changer le lieu de notre rencontre à la dernière minute. Rendez vous est pris dans une brasserie vide, loin des regards indiscrets.
M. Krebs est donc quelqu'un de prudent. Se serait il déjà fait piéger par des journalistes indélicats ?
Pierre Krebs, éditeur
Pour moi l'essentiel dans ce livre est cette analyse empirique et scientifique qui montre qu'aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone.
Et malheureusement analyse fausse...
Pierre Krebs, éditeur
J'avais l'intention de publier une collection de livres qui analysent la politique américaine de manière critique, pour montrer que leur prétention à vouloir gouverner la planète est criminelle et qu'elle représente un danger pour le monde entier. D'après moi, il serait grand temps qu'une nouvelle ère des lumières arrive chez nous.
M. Krebs est allemand (propos un peu emphatiques et romantiques) et d'origine française (allusion à l'ère des lumières, c'est à dire la période pré-révolutionnaire). Mélange intéressant...
Nouvelles lumières ou anciens démons ? Mais qui est Pierre Krebs, cet étrange personnage ? En dehors de ses activités d'éditeur, Pierre Krebs préside le séminaire Thule, dont il est également le fondateur. Un tour sur son site ne laisse aucun doute sur son orientation politique. Le séminaire Thule est une société secrète d'extrème droite paganiste.
"Anciens démons". On va nous ressortir le nazisme...
Pierre Krebs, éditeur
- Vous êtes bien le président du séminaire Thule ?
- Oui, oui, ..., oui
Même procédé que pour Pierre Henri Bunel. On va tenter de discréditer le personnage, et à travers lui le livre qu'il publie, en mettant en lumière des convictions politico-philosophiques à première vue plutôt marginales.
Pierre Krebs, éditeur
- J'ai encore une question à vous poser : vous avez bien rencontré Thierry Meyssan ?
- Je ne connaissais pas Thierry Meyssan avant : je l'ai rencontré après avoir lu son livre et après avoir pris la décision de le publier. C'est aussi un esprit très critique, même si on n'est pas forcément d'accord politiquement. Mais cela n'est pas important, au contraire, ses analyses sont complémentaires et enrichissantes.
M. Krebs semble quelqu'un d'équilibré et de mesuré dans ses propos.
En Allemagne, le cas Meyssan fait école. Ici, ils sont des dizaines à avoir flairé le bon filon. Résultat : à l'occasion du second anniversaire du 11 septembre, un nouveau genre envahit les librairies : la littérature conspirationniste.
Effectivement. Est ce l'appat du gain ou une certaine propension germanique à monter au créneau armes à la main ? Il faut bien constater que le phénomène conspirationniste sur le 11 septembre a pris dans ce pays une allure unique.
Et les auteurs sont de véritables personnalités de la vie publique. Exemple : Andreas Von Bulow.
Ancien ministre du gouvernement social démocrate d'Helmut Schmidt.
Un lecteur convaincu de Thierry Meyssan.
Andreas Von Bulow
Je me suis servi de sa démonstration très convaincante, qui montre qu'il n'y a pas de débris d'avion, et je lui suis reconnaissant d'avoir traité ce sujet.
Un de plus que Meyssan va convaincre ! Répétons le : la réfutation de la théorie officielle par Pierre Henri Bunel est excellente. La théorie concurrente que Meyssan et lui échaffaudent (un missile sur le Pentagone) est fragile et ne tient pas l'examen !
Le livre d'Andreas Von Bulow se présente comme un catalogue conspirationniste. Avec comme bonus, une théorie sur l'implication du Mossad.
Il l'a écrit, mais il a du mal à nous en dire plus.
Andreas Von Bulow
Oui, ..., non, ce n'est pas, heu..., c'est... bon ! Il y avait forcément des institutions qui étaient au courant que quelque chose allait se passer. Je crois même que le chef de la sécurité du World Trade Center avait dit "Demain il se passera quelque chose de terrible". On dit aussi qu'il y avait une sorte d'atmosphère de guerre dans l'air, qui ne laissait rien présager de bon. Il y avait cette entreprise de messagerie électronique (SMS) israélienne, qui avait averti deux de ses employés, deux heures avant les attentats, avant même que les avions ne décollent. Et ces deux là ont eu le temps de mettre en garde leurs amis et leurs familles.
Effectivement, M. Von Bulow semble léger dans son argumentation sur ce point. Alors que la connaissance à priori de l'attentat par les dirigeants de la société Odigo (messagerie SMS) a été solidement argumentée, y compris dans un journal israélien comme Haretz.
Andreas Von Bulow
Pour tout ça, il n'y a pas de preuve, mais ce serait plutôt le devoir des Américains de répondre à ça. Un pays qui attaque soixante autres pays au nom de la guerre préventive et au nom de la lutte contre le terrorisme a le devoir de fournir des preuves, bon sang !
Soixante pays ! M. Von Bulow y va un peu fort ! Je ne connaissais que l'Afghanistan et l'Irak. Quels sont les cinquante huit autres ?
Des accusations sans preuves. Et pourtant, Von Bulow les a publiées aux prestigieuses éditions Piper, le "Gallimard" allemand.
Une maison qui a, entre autres, dans son catalogue, la philosophe Anna Harent.
Pour son éditeur, Klaus Stadler, cent mille exemplaires vendus c'est un bon coup commercial. Mais s'est il assuré de la fiabilité de son auteur ?
Klaus Stadler
Ecoutez, je suppose qu'il sait ce qu'il fait. Il est juriste de formation. Il sait qu'il est sur un terrain sensible. Alors je ne peux pas m'imaginer qu'il n'ait pas travaillé sérieusement.
Débat stérile. Un éditeur n'approuve pas nécessairement les thèses des auteurs qu'il publie, et ce n'est pas son rôle de diligenter ou d'exécuter des investigations au niveau international.
Andreas Von Bulow
- Comment avez vous travaillé : êtes vous allé enquêter aux Etats Unis ?
- Non, j'ai vu en rédigeant mon premier livre que ça ne servait à rien. Quand vous abordez des thèmes chauds, les fonctionnaires mentent, c'est leur travail de mentir. Les gens qui travaillent pour les services secrets ont pour devoir d'inventer des mensonges crédibles pour protéger leurs états. Alors ça ne sert à rien de leur parler. En revanche, internet s'est avéré être une source incroyablement riche.
Merci, M. Von Bulow. Avez vous cité vos sources internet dans votre livre ?
Klaus Stadler
Nous étions en tête des meilleures ventes dans la catégorie des essais scientifiques. Et iindépendamment des thèmes, je crois, en tant qu'éditeur, qu'on peut se féliciter d'un pareil succès. Autrement dit, Georges W. Bush nous a aidés à vendre beaucoup de livres. Je ne vois pas où est le mal !
On ne saurait être plus cynique. Pourquoi ne pas publier un livre dans lequel on affirme que le pape est à la tête de la mafia, puis le remercier pour les chiffres de vente ?
Seul problème, une maison d'édition de prestige donne ainsi une caution intellectuelle à des thèses farfelues.
Et en effet, en Allemagne, la conspiration se vit au grand jour.
Les conspirationnistes du 11 septembre organisent des colloques, rassemblent des foules et vendent des livres. Ici ce sont des vedettes.
Vu depuis l'autre côté du Rhin, c'est en effet quelque chose d'assez surprenant.
Exemple : Matthias Brockers. Ex chef de rubrique de la Tageszeitung, le quotidien de gauche.
Référence allemande en Canabis, Brockers donne aujourd'hui des conférences sur le 11 septembre à l'université.
On commence par mettre en condition le spectateur de l'émission avec une attaque ad hominem. Heureusement qu'Arte ne m'a pas interviewé, ils auraient affirmé que je suis une référence en matière de côtes du Rhône...
Il s'est également fait un nom en publiant un petit essai intitulé : "Quand les tomates font des rêves". Ces livres traitent de questions cosmologiques, et de la manière dont nous percevons la nature.
Lui, ce ne sont pas les OVNI...
Mathias Brockers
Je veux montrer qu'il existe des modes de pensée novateurs, qui se heurtent malheureusement encore aujourd'hui à des schémas trop archaïques. Finalement, j'explore les limites de la science, et pour moi, le 11 septembre se situe exactement dans cette catégorie.
Discours sensé. Le 11 septembre peut en effet se voir appliquer des grilles d'analyse et des méthodologies scientifiques, lesquelles impliquent presque toujours un travail "aux limites".
Aujourd'hui, l'amphitéatre est rempli de gens venus écouter religieusement la théorie de Brockers sur le 11 septembre. Selon lui, six des dix neuf terroristes kamikazes responsables des attentats seraient toujours en vie. La liste du FBI serait donc fausse. Conclusion : les coupables ne sont pas ceux qu'on croit.
Pour Brockers, il y a donc complot. Ecoutez ses arguments.
Mathias Brockers
La lagende d'Oussama et des dix neuf voleurs est une théorie classique du complot. Elle suit ce vieux schéma : avant qu'on ait le temps de t'accuser de quelque chose, dépêche toi d'accuser quelqu'un. C'est un fonctionnement vieux comme le monde. Imaginez : vous êtes avec un groupe de gens, et tout à coup ça sent mauvais. Vous pouvez être sûr que le premier à vous faire remarquer que ça pue est aussi à l'origine de cette odeur. Pour les événements du 11 septembre, c'est pareil : ceux qui sont trop empressés à désigner des coupables sont probablement aussi à l'origine du crime.
Effectivement, cela ne vole pas bien haut. Mais il pourrait s'agir d'un procédé pour détendre un peu un auditoire, rien de plus.
Et ça va durer comme ça pendant des heures.
- Est ce que vous trouvez que M. Brockers est à sa place ici, en tant que chercheur ?
- Oui, bien sûr, il argumente de manière très scientifique et très méticuleuse.
Je serais surpris que M. Brockers utilise ce type de métaphore pendant des heures. Alors, pourquoi le prétendre ?
Les Allemands ont ils donc tous perdu la raison ? Que fait la presse ? Nous sommes allés poser la question à la rédaction du Spiegel, la référence allemande en matière d'investigation.
Decidée d'abord à ignorer les conspirationnistes, la rédaction a été alertée par un sondage, qui montre qu'un Allemand sur cinq croit en l'implication de l'administration américaine dans les attentats du 11 septembre.
Pendant trois semaines, six journalistes du Spiegel ont contre-enquêté sur les méthodes et thèses farfelues des conspirationnistes. Le coordinateur de ce dossier était Gunther Latsch.
Enquêter "sur des méthodes et thèses farfelues" signifie qu'on est convaincu d'avance de ce qu'on doit et veut trouver. C'est à l'opposé de la déontologie de l'enquête policière dans laquelle on doit s'attacher aux faits, laissant la "qualification" à d'autres autorités. Il est vrai que dans le journalisme on ne connait pas le principe de la "séparation des pouvoirs".
Gunther Latsch
Quand vous portez des accusations, dans le journalisme ou dans une procédure pénale, vous êtes obligé de prouver la culpabilité de quelqu'un par des documents, des témoins, ou d'autres moyens.
Dans une procédure pénale, on est obligé. Dans le journalisme, on n'y est malheureusement pas obligé : seul la déontologie voudrait qu'on le fasse...
Voix de Gunther Latsch
Eux c'est l'inverse : ils élaborent des thèses et disent ensuite, en particulier Von Bulow, "Alors chers amis du gouvernement américain, prouvez moi que j'ai tort".
Voilà ce que Gunther Latsch et ses collègues du Spiegel ont fait : Ils ont pris comme exemple la thèse de Mathias Brockers sur les terroristes survivants.
Ils ont remonté la piste d'un des six noms qui figurent dans le livre de Brockers : Said Al Ghamdi. Voilà la chronologie d'une terrible confusion.
Le 14 septembre 2001, le FBI publie la liste des dix neuf terroristes. Parmi eux, un certain Said Al Ghamdi. CNN annonce avoir identifié le coupable et publie la photo d'un certain Said Al Ghamdi.
18 septembre, un journal arabe interviewe ce Said Al Ghamdi qui nie toute implication dans les attentats
La BBC reprend cette information sans la vérifier et titre : "Des soit disant terroristes sont en vie". Et Mathias Brockers va s'en servir.
Mathias Brockers
Les trois cents à trois cents cinquante sources que je cite dans mes deux livres proviennent à 90% des grands médias bien connus.
Gunther Latsch
Brockers affirme utiliser des sources sérieuses non démenties. Mais ce qu'il fait c'est qu'il prend une dépêche du 13 ou du 16 septembre qui parle des terroristes survivants, il isole cette information de sa chronologie, et l'utilise sans vérifier si après elle est démentie ou non par d'autres sources.
Le FBI publie une nouvelle liste, cette fois ci avec les photos correspondant aux noms.
Il se trouve que le Said Al Ghamdi de la liste du FBI n'a rien à voir avec le Said Al Ghamdi de la photo publié par CNN.
Bonne contre-enquête. Un excellent argument pour montrer qu'on peut faire la même chose en mettant en doute la version officielle et en démontrant qu'elle ne tient pas debout.
Mais Mathias Brockers passera à coté de cette information.
Mathias Brockers
Je suis un auteur indépendant. Je n'ai pas les moyens de me payer un billet d'avion à trois mille dollars pour aller à Ryad et loger deux semaines dans un cinq étoiles. Si j'étais un journaliste du Spiegel, je pourrais le faire, mais pas en tant que free-lance.
Voilà une bien mauvaise raison. Le vrai problème est que lorsqu'on a publié un livre, on ne peut pas en publier un autre pour dire "je me suis trompé à la page 54...". Et c'est bien là l'un des avantages d'internet : l'information n'est pas statique.
Gunther Latsch
Ce n'est ni une question d'argent ni une question de medias, mais une question de méthode. Face à de sources, chaque journaliste doit se demander : "est ce que ces informations sont plausibles" ? et ensuite passer un coup de fil à la BBC ou aux Etats Unis. Et ça, ça coute aujourd'hui avec tous les abonnements préférentiels, à peine trois cents. Ca devrait être possible, même pour le budget de M. Brockers. Mais il ne l'a tout simplement pas fait. Il n'a pas vérifié une seule des histoires qu'il a trouvées sur le net.
Mathias Brockers
C'était à eux de faire ce que j'ai fait. Pendant un an, ils ont passé leur temps à recopier en transes les déclarations du Pentagone. Pour quelle raison ? Ca je n'en sais rien. Et tout à coup ils voient un gars arriver de nulle part qui publie un livre, avec des sources internet que eux avaient négligées, et ce livre connait un succès fou. Evidemment qu'ils sont un peu vexés.
Bon débat en effet. La presse s'autocensure. Ceux qui réagissent contre cette autocensure en mettant en lumière de l'information censurée prennent le risque de présenter comme de l'information ce qui n'est que du bruit. A son tour la presse met en lumière ce bruit pour démontrer qu'en face il n'y a pas d'information...
Gunther Latsch
Pour être honnête, je vous avouerais que j'ai toujours un peu mauvaise conscience à traiter les conspirationnistes de fous ou de quasi fous. Au fond, ils ont un potentiel critique. Ils ont envie de poser des questions, envie de savoir si ce qu'on leur dit est vrai. C'est une démarche de citoyen très louable. Mais après ils gachent ce potentiel dans un merdier sans nom pendant des heures et pendant des jours.
A la presse sérieuse et professionnelle, justement, de faire en sorte de trier la merde du reste. Lorsqu'on paye un journal dans un kiosque, c'est ce service qu'on achète.
Poser des questions et exiger des réponses, voilà le fond de commerce des conspirationnistes. Mais eux, en revanche, n'aiment pas se dévoiler.
Volker Steinhoff, du magazine du magazine d'investigation Panorama est l'un des premiers journalistes allemands à l'être intéressé aux conspirationnistes. Aujourd'hui, il est black-listé et ne rentre plus dans leur colloques.
Discussion en allemand... Apparemment, on ne veut pas laisser entrer M. Steinhoff.
Volker Steinhoff
Ce qui a profondément énervé les conspirationnistes, c'est que nous étions les premiers, et même avant le Spiegel et les autres medias, à ne plus les considérer comme de simples fous. Nous avons décidé de contre-enquêter et de leur amener systématiquement des preuves. "Des terroristes survivants" : c'est faux, voilà la photo ! Et ainsi de suite.
Bien, M. Steinhoff, continuez...
Discussion en allemand... On prétend à M. Steinhoff. qu'il n'a pas demandé d'autorisation, ce qu'il dément. Pour finir, il n'entre pas.
George Bush, terrorist !
I can hear you !
Volker Steinhoff
Quand j'ai couvert le 11 septembre à Washington pour la télé allemande, beaucoup de rédactions, même sérieuses comme le journal télévisé, me commandaient sans cesse des sujets très critiques sur les medias américains.
George Bush, terrorist !
Volker Steinhoff
A mon retour en Allemagne, beaucoup de gens m'ont tapé sur l'épaule pour me dire "super, Volker, qu'est ce que tu as été courageux". Mais d'après moi, j'avais été tout sauf courageux. Faire des sujets critiques sur les conspirationnistes demande dix fois plus de courage que critiquer la politique de George W. Bush.
En Allemagne, critiquer les Américains est devenu un sport national, surtout depuis la guerre en Irak. Mais certains Allemands s'offusquent de cet anti-américanisme rampant.
Un drapeau américain sur son balcon, voilà la réponse de l'écrivain Heinryk Broder, aux théories du complot.
Même en repassant plusieurs fois le plan video, je ne vois pas de drapeau américain. Par contre il y a une statuette en vue qui porte un drapeau israélien.
Henryk Broder
Les Allemands adorent associer les Américains avec tout ce qui est vilain, méchant et primitif. Et ce ressentiment anti-américain est une sorte de ciment de l'identité allemande. Au fond, les Allemands ne pardonneront jamais aux Américains de les avoir libérés du fascisme. Vous savez, l'universitaire allemand qui a grandi avec Hegel, Nietsche et Kant, n'oubliera jamais l'affront d'avoir été libéré par un nègre américain du Nebraska qui machait un chewing gum. Ca, ça le blesse et ça demande à être vengé.
Raisonnement caricatural sur la mentalité allemande.
Pour Henryk Broder, le 11 septembre a réveillé le souvenir d'une autre théorie du complot, sordide, le négationnisme.
Henryk Broder
Il y avait des gens qui allaient à Auschwitz, faisaient des prélèvements, analysaient le contenu de gaz, et prétendaient que tout ça avait été un grand mensonge. He bien aujourd'hui, c'est la même chose qui se passe avec les événements du 11 septembre.
Et d'autres au contraire qui clamaient que la chambre à gaz qu'on faisait visiter dans ce camp était authentique. Pour finir, on a appris que toutes les chambres à gaz avaient été détruites en 1945, et que celle qui était montrée était une reconstitution pour les visiteurs.
Henryk Broder
On prend des mesures du lieu de l'impact de l'avion du Pentagone, après on élabore des théories selon lesquelles l'avion ne s'est pas écrasé mais aurait été abattu, ensuite on construit des images avec des nuages de fumée,
Le problème du "trou d'impact" sur le Pentagone est effectivement un problème difficile de déformation d'un avion dans un crash. Je comprends que cela ait induit beaucoup de personnes en erreur, puisque j'ai moi même réfléchi à ce qu'avait bien pu devenir cet avion s'il ne s'était pas crashé sur le Pentagone. "On construit des images avec des nuages de fumée"... voilà qui est plus qu'intéressant en effet, puisque ces images ont été "construites" par le département de la défense des Etats Unis !
Henryk Broder
On va chercher des photos absurdes sur internet qui sont censées prouver tout ça. Tout ça, c'est de la pure fiction.
Une photo, si elle est authentique, ne peut pas être absurde en elle même : elle montre un fait, c'est tout. La seule chose qu'on peut qualifier d'absurde c'est éventuellement une théorie construite à partir d'une photo.
Henryk Broder
Et de la même manière que des gens ont essayé de prouver qu'Auschwitz était une invention des alliés, on essaie de prouver aujourd'hui que le 11 septembre est une invention des Américains.
A part le débat assez technique sur la reconstruction de la chambre à gaz d'Auschwitz, le négationisme de la shoa n'est que le fait de marginaux bien identifiés. Les questions et théories conspirationnistes sur le 11 septembre sont au contraire devenus un phénomène planétaire qui n'a plus rien de marginal.
L'ampleur du phénomène conspirationniste allemand est unique en Europe. Le seul autre pays capable de rivaliser, c'est la France, bien sûr, grâce à Thierry Meyssan.
Et aussi à Emmanuel Ratier, à Pierre Henri Bunel, à "XOX" (silentButDeadly), à "amigaPhil", à Eric Bart, à Jean-Pierre Petit, à John Mitchell, à Jean-Pierre Desmoulins...
De retour à Paris nous retrouvons le conspirationniste français, pas peu fier de ses succès.
Thierry Meyssan
C'est autre chose, c'est une conférence que j'ai fait pour les ambassadeurs de la ligue arabe au centre Zayed. Et donc, ils ont fait un tiré à part de la conférence, traduit en plusieurs langues, avec un éloge à faire pâlir.
Le centre Zayed, centre de recherche de la ligue arabe, a financé la version arabe de l'Effroyable imposture. Il a aussi invité de nombreux conférenciers occidentaux d'extrême droite.
Il est exact que l'extrême droite, en général, soutient la position des pays arabes dans la situation conflictuelle du proche orient. Par ailleurs, l'absence de démocratie dans nombre de ces pays ne les gêne pas : Saddam Hussein n'a pas eu de meilleur défenseur que Jean-Marie Le Pen.
Hans koshler, professeur de philosophie.
Michael Collins, journaliste.
Et la révisionniste Helga Larouche.
Et bien sûr, Thierry Meyssan.
Thierry Meyssan
Beaucoup de chefs d'état et de gouvernement de cette région ont souhaité discuter avec moi. J'ai été reçu comme un intellectuel français qui propose une réponse aux Etats Unis. Ca amène à faire une sorte de diplomatie parallèle, évidemment, qui a premis à, heu..., plusieurs états de, heu..., finalement de rapprocher leur point de vue et de tenir un discours commun.
En bon français, on dit que ce Monsieur ne se sent plus pisser...
Le centre a dû fermer suite à des pressions américaines.
Mais Meyssan est lancé dans le monde arabe, et se théories font de lui une star.
Le fait d'avoir dénoncé le 11 septembre comme un complot est suffisant pour faire de lui une star, en effet. Dommage que la théorie qu'il défend à l'appui de cette dénonciation (pas d'avion sur le Pentagone) soit fausse. Mais toutes les stars font des erreurs...
Thierry Meyssan
Evidemment, un missile ça n'a pas été tiré du fond d'une grotte en Afghanistan. J'ai amené des arguments. J'ai convaincu les gens sur la base d'arguments. Et à ce moment là j'ai effectivement provoqué un soulagement, puisque, finalement je leur ai dit, "il n'y a pas d'assassin dans votre famille".
Dans l'hypothèse des scenarios LIHOP ou HIHOP, il y a bien, malheureusement, un assassin dans la famille.
D'après un sondage effectué en Syrie, au Maroc et en Egypte, 62% des gens pensent qu'Al Quaida n'est pas impliqué dans les attentats du 11 septembre.
Situation fort regrettable. Il y a en effet collusion entre les intérêts américains (thèse officielle) et le mouvement initié par Meyssan (thèse MIHOP 1) pour évacuer les autres théories. Or, la thèse officielle et la thèse MIHOP 1 sont aussi fausses l'une que l'autre !
Pour Thierry Meyssan, cela signifie deux cents cinquante mille exemplaires vendus dans le monde arabe. Et en Egypte, il est effectivement partout.
Libraire au Caire
C'est une analyse journalistique très pertinente. C'est le premier livre qui est sorti sur le 11 septembre. Tout le monde voulait l'avoir. Il se vend d'ailleurs très bien dans tout le monde arabe.
En Egypte, les attentats de New York ont provoqué des sentiments contradictoires. Malaise d'un côté face à l'horreur du crime, mais gêne, de l'autre, de découvrir tous les coupables, musulmans.
Et c'était bien le but cherché : légitimer, au yeux de l'opinion internationale, y compris arabe, l'intervention américaine au proche orient.
Fahmi Huweidi, éditorialiste vedette du journal Al Akhbar, un quotidien de référence, a comme beaucoup de ses collègues succombé aux théories du complot, dans les colonnes de son journal.
Fahmi Huweidi, journaliste égyptien
Bien sûr on était surpris et choqués. Mais le problème c'est que les Américains ont décidé d'une seule version des faits : dix neuf personnes, et tous des arabes, et c'est eux qui l'ont fait.
Le premier anniversaire des événements tragiques du 11 septembre, a été accompagné d'une montée en puissance des théories conspirationnistes, même dans les journaux sérieux.
Ces dérives ont motivé David Welsh, ambassadeur des Etats Unis au Caire, à prendre position publiquement.
David Welsh, ambassadeur US
Face à la montée de théories du complot, pour nous la pire des choses aurait été de garder le silence. On ne pouvait pas juste faire comme s'il s'agissait d'idée farfelues, de quelques gauchistes européens qui ont comme seule audience les chaînes satellite arabes.
Pourtant, votre gouvernement a choisi de garder le silence, M. Welsh, y compris en verrouillant les enquêtes !
Fahmi Huweidi, journaliste égyptien
L'ambassadeur américain au Caire a attaqué la presse egyptienne, parce que quelques journaux avaient simplement mentionné le livre de M. Meyssan.
Ce jeune ambassadeur aurait en effet mieux fait de se taire...
David Welsh, ambassadeur US
Moi j'ai simplement suggéré qu'on porte un regard critique sur la diffusion de ce genre d'absurdités. Et ici, on a préféré interpréter mon appel à la raison comme un appel à la censure.
Fahmi Huweidi, journaliste égyptien
Le problème principal c'est que les gens considèrent que rien ne doit changer à Washington, mais que c'est le reste du monde qui doit changer pour faire plaisir aux Américains.
David Welsh, ambassadeur US
Ces gens là considèrent que nous faisons partie de leur problème. Et d'après moi, il est capital de casser cette vision des choses.
Pourquoi pas... en laissant les enquêtes sur le 11 septembre se dérouler sans entraves par exemple !
Fahmi Huweidi, journaliste égyptien
En ce qui concerne la presse egyptienne, je dois avouer que nous critiquons la politique américaine, et parfois même le président américain, mais nous n'osons pas critiquer notre propre président.
L'ambigüité de la situation politique egyptienne, explique la popularité des théories du complot. D'un côté, un gouvernement pro-américain, qui reçoit d'importantes subventions. De l'autre, une population hostile aux Etats Unis mais consciente de sa dépendance.
Le pouvoir ferme alors un oeil sur les dérives anti-américaines, qui permettent d'évacuer ce sentiment de frusration.
Voici le tube qui faisait danser la jeunesse egyptienne sur le Nil, à l'automne 2001.

Chanson en arabe sur une musique orientale à la sauce pop-rock.

Les américains dominent le monde.
Sans regarder autour d'eux.
Personne ne les empêche d'agir.
Ni n'a le droit de leur en vouloir.
Bientôt cela sera le tour de l'Iran.
Puis de la Syrie.
Et on parle de la Corée...
Egyptien anonyme
La religion musulmane n'a rien à voir avec le 11 septembre. C'est un événement comme un autre. En revanche, c'est tout à fait possible que les juifs soient derrière toute cette histoire.
"Quatre mille juifs avertis par le Mossad ne seraient pas venus travailler dans les tours le matin du 11 septembre" : c'est la théorie du complot la plus populaire dans le monde arabe.
Une rumeur diffusée pour la première fois le 17 septembre 2001 par la chaîne libanaise Al Manar, la chaîne du parti islamiste Hezbollah, dont le principal objectif est la destruction de l'état d'Israel.
Mohammed Bakri est le correspondant egyptien de la chaîne.
Conscient du retentissement de cette rumeur, il tente de la justifier.
Mohammed Bakri
C'est Israel qui dirige la politique américaine, et non l'inverse. La majorité des membres de l'administration américaine sont soit des juifs, des pro-juifs, ou sous pression d'un lobby juif. Cet état de fait donne vision précise de qui est derrière les événements du 11 septembre, et ses objectifs.
Mohammed Bakri
- L'histoire des 4000 juifs, c'est une information ou une rumeur ?
- C'est peut-être une info, peut-être.
- Et pourquoi "peut-être", seulement ?
- Parce que je n'ai pas de preuve.
Une rumeur sans fondement, reprise deux jours plus tard par Al Jezirah, la chaîne de référence dans le monde arabe.
La rumeur des quatre mille juifs passera par Damas, Le Caire, Karashi, Téhéran, Moscou,
pour arriver jusqu'à Bonn sous la forme détournée dans le livre d'un certain ancien ministre. Souvenez vous, il s'agit d'Andreas Von Bulow. Et ses sources sont toujours aussi précises.
Andreas Von Bulow
- Et d'où tenez vous cette information sur le Mossad ?
- L'histoire du Mossad, heu..., je crois que ça vient des journaux.
J'ai l'impression que le Mossad a lancé un avertissement. Un avertissement très explicite, même.

Voix off : Si cette théorie est particulièrement appréciée dans le monde arabe, elle exerce aussi une certaine fascination sur les européens.
Volker Steinhoff
Les allemands ont de grosses difficultés pour parler des juifs. D'ailleurs le mot "juif" est rarement prononcé. Pour parler des juifs, on dit "la côte Est américaine". C'est une sorte de nom de code, tout comme la rumeur selon laquelle les juifs qui travaillaient dans les tours auraient été avertis. Cette théorie du complot autour du 11 septembre est très attrayante pour les Allemands, car elle permet de parler des juifs sans les nommer.
En effet, on ne peut pas examiner la théorie du complot sans se poser la question de son étendue. Interne aux Etats Unis seulement, ou avec des complicités à l'extérieur ? Et dans ce dernier cas, lesquelles ? Certaines branches des services secrets pakistanais qui manipuleraient Ben Laden ? Le Mossad ? Des "éléments perdus" de l'ex KGB ?
Pour contrer cette ignoble rumeur, une association new-yorkaise a compté les victimes d'origine juive. Plus de quatre cents ont péri dans les tours. Mais rien n'y fait : les théories du complot sont tenaces, elles permettent aux Européens de vivre des ressentiments anti-américains et anti-sémites, et déculpabilisent le monde arabe.
La rumeur des "quatre mille juifs" et sa réfutation permet en effet de ne pas parler d'un fait extrêmement dérangeant, à savoir que quelques abonnés du système SMS Odigo auraient été prévenus de ne pas aller travailler dans les tours quelques heures avant les attentats ! Et si ce fait était avéré, peut importe qu'il y en ait deux seulement ou quatre mille, la question à poser est seulement : "qui les a prévenus" ?
Mais pour couper court définitivement à toutes ces théories absurdes, nous avons décider d'aller demander sa version des faits à cet homme : Montasser Al Zayat.
Avocat des extrêmistes musulmans, il connait parfaitement les faits et gestes des membres d'Al Quaida.
Montasser Al Zayat
Al Quaida est responsable de ces (ses ?) actes. Moi, par principe, je refuse ces théories du complot. Certes elles nous confortent dans ce que nous pensons, mais il ne faut pas exagérer le rôle d'Israel. C'est une légende qui ne sert pas nos intérêts.
Effectivement la théorie du complot ne sert pas les intérêts d'Al Quaida. Les thèses MIHOP ramènent Al Quaida au rôle de marionettes sur le devant de la scène. Les thèses LIHOP ou encore HIHOP impliqueraient que le terrorisme d'Al Quaida, que cela soit de manière consciente ou non, sert en final les intérêts des Etats Unis et d'Israel !
Montasser Al Zayat est l'ami d'un certain Heiman Al Zaouiri, aujourd'hui reconnu comme étant le stratège d'Al Quaida. Avec lui nous sommes en quelques sorte à deux poignées de main de Ben Laden.
Montasser Al Zayat
Je crois qu'Al Quaida avait la technologie nécessaire. Elle avait un pays où mener ses activités, et où préparer ses opérations. Elle avait de réserves d'argent. Elle avait aussi des recrues partout en Europe, qui n'étaient pas sous surveillance policière. Recruter ce réseau en Europe et aux Etats Unis était l'une des opérations les plus réussies d'Heiman Al Zaouiri.
Si les thèses LIHOP ou HIHOP sont vraies, cela signifierait que les terroristes d'Al Quaida étaient de joyeux amateurs, repérés depuis longtemps, suivis à la trace, et à qui on aurait discrètement facilité la tâche. Le fait qu'on ait arrêté l'un d'entre eux, Zacharias Moussaoui, quelques semaines avant l'opération, pourrait signifier que les autorités US ont voulu le retirer de l'opération. Soit parce qu'il était tellement stupide et hableur, qu'il pouvait tout faire capoter par ses déclarations ahurissantes telles par exemple le fait qu'il disait vouloir apprendre à piloter des avions de ligne "pour flatter son ego". Soit parce qu'il avait été "retourné", avait permis d'infiltrer et d'espionner le réseau, et qu'on voulait éviter qu'il ne se retourne une fois de plus : n'a t'il pas écrit qu'un agent du FBI lui avait fourni "un ventilateur" ? Le FBI prendrait il soin des suspects qu'il surveille en les raffraichissant lors des périodes de canicule ?
Des déclarations qui font froid dans le dos, mais jamais ni Thierry Meyssan, ni Andreas Von Bulow, ni Mathias Brockers, n'ont cherché à parler à cet homme. Au nom de leur vérité, ils ont occulté ce témoignage.
11 mars 2004, Madrid, sept heures du matin. Quatre trains explosent sur les rails de la gare madrilène. Bilan : deux cents morts, mille cinq cents blessés.
Alors, nouveau complot du Mossad ou de la Cia ?
Ou nouvel attentat d'Al Quaida qui, cette fois ci, n'a pas eu besoin d'aide pour réussir ?